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La réalité de l’entrepreneuriat – Guy Kawasaki

Traduction de Marylène Delbourg-Delphis Titre original : Reality Check chez Portfolio

Les 17 mensonges principaux des P.-D.G.

1- « En travaillant ensemble, nous avons fixé nos objectifs. »
En d’autres termes, ce sont les objectifs choisis par le P.-D.G. Peu de cadres pensent qu’ils sont réalisables et pourtant ce sont eux qui devront les atteindre. Mais voilà ce que signifie « travailler ensemble » : le P.-D.G. décide et les travailleurs exécutent.

2. « Il y a une atmosphère de start-up ici. »
Cela peut vouloir dire : il manque un peu de supervision par un adulte, l’argent diminue, le produit est en retard, les investisseurs ont abandonné ou les employés sont payés en dessous du marché. Ou cela peut vouloir dire que la société est dynamisée, entrepreneuriale et fait un malheur, mais vérifiez bien.

3. « Votre projet se fera sous le manteau et dépendra directement de moi. »
Personne dans la direction ne croit à l’idée. Il est possible que le P.-D.G. la protège – comme l’implique ce mensonge. Ou vous serez peut-être en train de vous battre pour votre survie contre les défaitistes quand le P.-D.G. passera à la prochaine idée brillante du jour.

4. « Je voulais le faire, mais le conseil d’administration m’a dit non. »
Il se défile. Un bon P.-D.G. dit au conseil ce qu’il veut faire. Il ne demande pas la permission – le pardon, parfois, mais jamais la permission. Donc cette déclaration signifie soit que le P.-D.G. n’a pas vraiment fait son possible pour obtenir une approbation soit que le conseil est en train de perdre confiance en son P.-D.G.

5. « Je m’attends à ce que vous trouviez la solution. »
C’est un compliment qui est censé vouloir dire : « J’ai tant confiance en vous que je sais que vous pouvez le faire. » Parfois c’est le cas, mais la plupart du temps, le P.-D.G. n’a pas la solution et il espère que vous allez le tirer d’affaire.

6. « Notre pipeline commercial se présente bien. »
Le vice-président des ventes s’appuie sur le responsable commercial régional pour gonfler les prévisions parce que le P.-D.G. ne veut pas faire mauvaise figure au conseil d’administration.

7. « Nous serons bientôt rentable. »
S’appuyant sur son organisation commerciale et son bon pipeline, le P.-D.G. pourrait fiablement prédire que la société sera rentable. Mais il n’a rien vérifié avec le directeur financier. Si la société n’est pas rentable, ce sera la faute du vice-président des
ventes ou du directeur financier, de toute façon.

8. « La valeur de l’action n’est pas importante ; ce qui est important, c’est de construire une très belle société. »
Il y a une poignée de P.-D.G. visionnaires qui sont sincères quand ils disent cela. Mais vous ne travaillez pas pour l’un d’eux. Si vous pouviez avoir une réponse honnête des P.-D.G., la plupart vous diraient qu’ils préfèrent une action en hausse à une super société. Très peu ont le courage de construire une super société et de penser que la hausse des actions en sera la conséquence naturelle.

9. « Je n’ai jamais travaillé avec un meilleur groupe. »
C’est une déclaration destinée à remonter le moral quand on la fait rarement. Mais si un P.-D.G. la sort plus d’une fois tous les cinq ou dix ans, vous savez qu’il y a des bozos dans l’équipe (souvent protégés par le P.-D.G.) et vous savez qu’il se joue de vous.

10. « Je suis ouvert aux idées nouvelles. »
Le P.-D.G. doit avoir lu récemment un livre écrit par un gourou de la gestion. Il est certainement ouvert aux idées nouvelles et probablement ouvert aux idées nouvelles des consultants à 10 000 dollars/jour. Mais est-il ouvert aux idées nouvelles des employés de la société ?

11.  « Je veux la vérité ; je ne veux pas de oui, monsieur, oui. »
C’est peut-être vrai. Mais j’en doute. Il se pourrait qu’il soit si arrogant qu’il croit avoir toujours raison, ce qui élimine toute raison de désaccord. Mais j’en doute aussi. L’explication la plus probable est qu’il ment tout simplement et qu’il veut que les gens soient toujours d’accord avec lui.

12. « Je serai content de céder ma place en temps voulu. »
Très bien ; avec des indemnités de départ de dix millions, qui ne serait pas content
de se faire mettre à l’écart ?

13. « Voici comment nous avons fait à (nom de la société précédente qui l’a viré) et cela a marché. »
Et c’est pour cela que la société l’a laissé partir. Et c’est pour cela que les employés de la société précédente
s’étaient réjouis de son départ. Mais, malheureusement, c’est la raison pour laquelle les administrateurs de cette société l’ont engagé : parce qu’il était cadre supérieur dans une société de produits de consommation et que le conseil pense que les produits de technologie doivent être vendus comme des paquets de lessive.

14. « Je n’ai pas besoin de comprendre tout ça pour être un bon P.-D.G. »

Absolument. Vos clients ne sont pas si intelligents. Ni vos employés, fournisseurs ou partenaires, d’ailleurs. Le P.-D.G. n’a qu’à
être là, grand, blanc avec des cheveux gris, et à laisser les gens baiser sa bague.

15. « Je n’ai pas besoin de répéter mon discours. »
C’est parce qu’il ne va pas évaluer la réaction du public puisque sa limousine l’attend pour qu’il file juste après. Il va simplement demander à ses sbires, Trixie et Biff, ce qu’ils auront pensé de sa prestation.

16. « Notre société est orientée client. »
Si au moins le P.-D.G. avait ajouté : « ce trimestre », parce qu’au prochain trimestre, la société sera orientée innovation. Et le trimestre d’après, elle sera Six Sigma. Ensuite elle produira des vaches pourpres. Puis elle fera dans l’évangélisation (selon
que le P.-D.G. aura lu mes livres ou ceux de Seth Godin en premier).

17. « Je peux télétravailler et avoir ma maison sur le terrain de golf à Carmel. »
Le P.-D.G. doit vivre et mourir avec la société et y être plus que quiconque.

Plutôt que ces mensonges, voici les quatre choses que doivent dire les P.-D.G., même si je ne les ai pas souvent entendues dans leur bouche :

1. « Je ne sais pas. »
2. « Merci. »
3. « Faites ce qu’il faut. »
4. « C’est ma faute. »

Source : La réalité de l’entrepreneuriat, Traduit de l’américain par Marylène Delbourg-Delphis,  chapitre 89, page 428. Les Editions DIATEINO.

Marylène Delbourg-Delphis, ancienne élève de l’École normale supérieure, a enseigné la philosophie pendant huit ans, a été journaliste de mode et de parfumerie et a écrit plusieurs ouvrages, avant de devenir chef d’entreprise. Elle a fondé et dirigé ACI (devenue 4D en 2000), en France et aux États-Unis. Depuis 1994, elle vit aux États-Unis, où elle a été le P.-D.G. de deux autres sociétés américaines, ainsi que consultante, membre du Conseil d’administration et P.-D.G. intérimaire pour une vingtaine d’entreprises. Marylène est également Conseiller du Commerce Extérieur de la France.