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Stéphan Lepage

Vous avez terminé votre BC en génie mécanique en 1991 et vous vous êtes lancé avec 4  copains dans le développement de votre première entreprise qui était TelWeb. Est-ce que vous avez toujours su que vous aviez des qualités d’entrepreneur? Est-ce seulement à ce moment que vous avec découvert cette passion en vous?

Je ne crois pas avoir décidé de devenir entrepreneur, certainement pas comme je l’aurais fait pour un choix de carrière. J’ai toujours eu de la facilité à vendre, à produire et à livrer. Et je ne m’interroge jamais longtemps sur le comment, je fais et je m’engage. Ça sonne peut-être drôle dans le contexte, mais je dirais que j’ai été paresseux, j’ai choisi le chemin de la facilité.

En 1991, les emplois comme ingénieurs étaient rares, et les incitatifs à la R&D étaient très généreux. J’ai facilement convaincu 4 copains d’embarquer dans l’aventure « d’une passe d’argent rapide ». C’est vraiment quand c’est devenu évident que ça n’allait pas être rapide, et que 3 d’entre eux ont quitté le bateau, que je réalisais dans quoi je m’étais embarqué. J’ai décidé de poursuivre parce que j’étais encore plus dans le champ que je le pensais, je n’avais en réalité aucune idée de ce qui m’attendait.

Alors pour répondre à votre question, je ne savais pas si je possédais des qualités d’entrepreneur, et je ne suis pas sûr que je réalisais ma passion. Je voulais être propriétaire de mes limites d’abord, et réaliser une promesse que je m’étais faite ensuite. Et comme j’étais bien naïf, j’ai toujours cru que j’allais y arriver.

En 1991, alors qu’il s’agissait de la première année de votre entreprise TelWeb, vous n’aviez aucun financement et avez obtenu un montant de 21 000$ d’un homme d’affaires après avoir fait plusieurs rencontres. En quoi cette rencontre était différente des autres? Pouvez-vous donner quelques conseils aux entrepreneurs qui font des démarches semblables?

La vérité toute crue : je ne sais pas du tout ce que j’ai fait de spécial cette journée-là. J’ai sollicité des centaines d’investisseurs, individus et institutions, avant et après cette rencontre. J’ai toujours essayé de trouver des éléments distinctifs de ces rencontres qui permettraient de construire la recette gagnante, sans succès. Croyez-moi, quand l’argent est sur la table, peu importe la provenance, prenez-le!

La vente de votre compagnie TelWeb vous a rendu millionnaire à 33 ans. Que changeriez-vous si vous aviez à refaire cette aventure aujourd’hui? Quelles sont les meilleures leçons que vous avez retenues ?

Je ne changerais absolument rien, l’aventure a été fantastique. Et pour la vie de millionnaire, jeune trentaine et célibataire, je l’ai vécu « à la moi » et c’est correct. Je suis du type Saint-Thomas, il faut que je voie de mes propres yeux pour croire. On entend souvent dire que l’argent ne fait pas le bonheur. C’est vrai, mais il faut en avoir eu pour le comprendre.

Être entrepreneur ou gestionnaire, être en mesure de créer ou gérer des entreprises sont deux choses différentes. Croyez-vous qu’un entrepreneur peut être à la fois entrepreneur et gestionnaire et vice-versa?

Je ne suis pas tout à fait de votre avis. Mis à part l’environnement très particulier qu’est le démarrage d’une entreprise, je vois beaucoup de points communs entre un entrepreneur et un gestionnaire. En affaires, pour ne pas dire dans la vie, il y a deux groupes d’individus : ceux qui décident et ceux qui suivent. Et qu’on soit entrepreneur ou gestionnaire, on décide et on en assume les conséquences. Comme les décisions à prendre sont souvent les mêmes dans la PME et dans la grande entreprise, les deux rôles s’apparentent.

Maintenant, si vous parlez spécifiquement du démarrage d’une entreprise, je crois que l’entrepreneur doit avoir une plus grande capacité à s’automotiver que le gestionnaire. Dans sa propre entreprise, l’entrepreneur est seul au monde. Lorsqu’il rencontre un obstacle qui semble infranchissable, il doit résister à l’abandon.

Aujourd’hui, après un long repos, vous revenez en force avec V3-Ventures, une entreprise qui mixe à la fois la vision d’un ange financier et celle d’un VC. En quoi le programme V3-Camp de votre entreprise est différent des anges financiers et VC actuels?

Chez Telweb nous avons eu des anges et des VC (fonds structurés) comme investisseurs. Les anges nous ont permis de faire un prototype, de le présenter à des clients potentiels, d’en vendre quelques-uns, et d’écrire un plan d’affaires. Les VC nous ont permis de vraiment lancer l’entreprise, d’exécuter le plan d’affaires et de faire croître les revenus. Je ne sais pas si ça prend toujours les deux, mais c’est la recette que je connais et ça fonctionne. Cependant, entre le dernier investissement des anges et le premier des VC, il s’est passé trop de temps, nous avons vécu une traversée du désert qui n’a absolument rien apporté.

Pour nous aider à passer à travers les différentes étapes, nous avons eu plusieurs mentors. Je garde un souvenir mitigé de l’expérience, et je pèserai mes mots ici, car je sais que plusieurs de vos lecteurs ne jurent que par le mentorat. Je sais que c’est très efficace pour la majorité des entrepreneurs. Mais je suis une drôle de bibitte, et je n’ai jamais accepté qu’on me dise : « continue mon p’tit gars, c’est super ce que tu fais, c’est unique et c’est sûr que ça va marcher », le tout avec une petite tape dans le dos, provenant d’un homme d’affaires qui a très bien compris que j’ai de besoin de quelques milliers de dollars pour livrer à un client. Pour moi, le pur mentorat est une démarche trop timide.

Le V3-Camp est une façon de combiner le meilleur des trois. Nous investissons un petit montant d’argent comme le fait un ange, nous fournissons un cadre pour faciliter le mentorat, et nous mettons des entrepreneurs au défi de nous impressionner. Ceux qui réussissent peuvent obtenir un financement de type VC.

Ce n’est pas de la science, c’est du gros bon sens.

Qui est Stéphan Lepage?

Entrepreneur motivé par l’innovation et le design d’affaires, Stéphan a eu la chance de vivre les années folles des « dot com » avec sa propre entreprise, Telweb. Il fait partie des privilégiés qui ont profité d’une conclusion extraordinaire. Mais ce n’était pas le fruit du hasard, comme il se plait à le dire: «ce succès instantané, nous l’avons construit pendant 10 ans.» Il est particulièrement à l’aise dans les startups technos, et il est maintenant motivé à faire vivre l’aventure Telweb à 30, 40, voir 50 entrepreneurs. Il vient de lancer V3-Ventures.